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Contre les “Marchands de Sommeil”

Non au logement insalubre, les « marchands de sommeil »

 

Rappel du contexte :

Dans le cadre de l'aménagement routier de la route départementale RNIL 305, le département du Val de Marne est devenu propriétaire du Modern'Hôte/ situé au 107 Avenue de Verdun à Ivry sur Seine, et ce, par voie d'expropriation. Le Modern'Hôte/  est voué à la destruction en raison d'une double contrainte :

-problèmes de conformité mettant en péril la sécurité des occupants,

-immeuble concerné par les travaux d'élargissement de la RD5 pour l'aménagement du passage du futur tramway, dans le cadre du Grand Paris.

Cet hôtel est composé de 50 chambres, toutes occupées. Il est vétuste, inadapté et dangereux : comme le confirmeront les commissions communales de sécurité qui passeront régulièrement.

 

Le Conseil Général est donc confronté à la situation suivante :

Modifier les plans de travaux de voierie pour éviter la démolition de l'hôtel coûterait  des millions aux contribuables Val de Marnais, et de toute façon, les frais de remise en état de l'hôtel en termes de sécurité et d'accessibilité sont énormes pour des conditions de vie toujours précaires.

 

C'est dans cette conjoncture que le Conseil Général fait appel à notre Association  et nous mandate, via convention sur 3 axes principaux d'interventions :

  • la gestion sociale de l'hôtel : gestion locative et normes de sécurité (incendie et autres), tranquillité du lieu, entretien du lieu,
  • intervention sociale : diagnostics social, administratif et juridique de chacun des occupants avec accompagnement dans les démarches et orientation rapide vers des solutions adaptées,
  • mise en place et gestion de dispositif anti-intrusion pour chaque départ d'occupant.

 

Depuis 10 ans, I'A.U.V.M. s'est mobilisée autour de combats : le refus de l'hébergement en hôtel de plus de 3 mois en est le principal. Notre équipe a toujours défendu l'idée que l'urgence sociale devait être travaillée autrement pour aller au-delà de la simple mise à l'abri afin de travailler la mise en place de solution durable et adaptée . De plus, cette mission rejoint notre cause commune : la transformation sociale car au vue de nos premières constatations, les droits des personnes occupant l'hôtel ne sont pas respectés et/ou mis en place et ce, sur différents registres.

De plus, le Conseil Général du Val de Marne, partenaire privilégié de notre Association depuis des années, a estimé l'A.U.V.M . seul opérateur du département en capacité d'assumer à la fois la gestion sociale et l'accompagnement vers la sortie des occupants. Ces motivations fortes, ont amené l'A.U.V.M. a accepté cette mission et à intervenir concrètement à partir d'avril 2011 sur cet hôtel.

 

L'organisation  fonctionnelle :

Bien qu'lvry sur Seine ne fasse pas partie des communes d'implantation  de l'A.U.V.M., nous avons fait le choix de nous investir sur cette mission avec les mêmes valeurs, la même philosophie et la même façon de travailler que sur nos secteurs habituels. La rapidité d'intervention étant un élément important dans cette mission, nous avons fait un choix d'équipe pour une intervention sociale réactive :

 

  • une équipe de veilleurs-agents polyvalents a été engagée pour assurer une présence continuelle 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 : entretien des lieux, sécurisation des lieux, éviter les intrusions externes et permettre par leur intervention, une ambiance moins tendue,
  • cette équipe de veilleurs a été doublée en octobre 2011 avec une entreprise spécialisé en sécurité incendie, présente également en continue. Disposition prise au vue des problèmes de conformité concernant la sécurité.
  • une astreinte cadre nuit et week-end en lien avec l'équipe présente sur site,
  • 2 référentes de chacun de nos secteurs ont été, sur la base du volontariat, rattachées sur cette mission avec des temps de travail adaptés. Equipe de 6 référentes encadrée et animée par l'équipe de direction et mise en place d'une réunion hebdomadaire pour adapter toujours au mieux notre intervention et rester réactifs.

 

En sus, notre engagement conventionnel posait notre participation à un groupe de travail réunissant le Conseil Général, la mairie d'Ivry sur Seine ainsi qu'un bilan mensuel avec le Conseil Général. Engagements tenus tout au long de cette mission. Cette mission a donc demandé un fort investissement de l'ensemble de l'équipe tant en termes de disponibilité que de présence sur le terrain au quotidien.

 

Le démarrage de la mission

 

L'A.U.V.M. avait déjà géré des situations d'urgence de ce type, puisque les hôtels vétustes ne manquent malheureusement pas sur notre département et nos partenaires nous avaient déjà interpellé pour ce type d'action. La différence sur cette mission est le volume de situations : 50 situations soit 77 personnes présentes dans l'hôtel. Nos premières interventions ont été techniques et en lien avec le Conseil Général : mise en place d'extincteurs, dératisation et désinsectisation à de multiples reprises, interventions sur les multiples fuites et travaux de gaz permettant une mise en sécurité minimale des lieux.

A la grande différence des autres résidants de notre Association, les occupants du Modern'Hôtel n'étaient ni demandeurs d'intervention sociales, ni demandeurs d'accompagnement social individuel et encore moins d'orientation pour une sortie de l'hôtel.

Néanmoins, l'équipe de 6 référentes sociales a réussi à effectuer 49 bilans diagnostics individuels complets avec préconisation d'orientation de sortie adaptée. 49 bilans diagnostics effectués en un temps très court : d'avril à juin  2011. Ces bilans ont été travaillés  en équipe aussi bien sur la forme harmonisée que sur un fond commun permettant de réagir au plus vite et travailler  les orientations.

Le constat à l'issu des bilans diagnostics est professionnellement et humainement déstabilisant :

  • sur 50 situations, 2 disposent d'un suivi en EDS, les autres n'ayant pas fait la démarche d'aller vers ou se sont vu refuser un suivi au titre de leur occupation de cet hôtel,
  • 9 situations engagées dans un recours DALO dont 2 recours éligibles, 7 rejets au motif de la non urgence de la situation puisque locataires de cet hôtel et recevant de l'allocation logement pour payer  le loyer.

Loyer mis en place par l'ancien propriétaire s'élevant en moyenne à 450 euros pour  une chambre de 10m2, avec un WC turc et une douche pour 8 chambres, pas de moyen de cuisiner, des normes de sécurité non respectées, des rats et des cafards.

– Des occupants installés depuis des années, certains depuis 10, 15 et même 20 ans, 

– 6 situations de familles avec enfants et certains de moins de 3 ans,

– 11 situations de personnes retraitées,

– des situations de santé très précaires et peu traitées, surtout chez les seniors,

– un mal être psychologique profond et renforcé par les conditions de vie déplorables et une promiscuité  importante,

– un sentiment d'injustice partagé par l'ensemble des occupants: si le tramway ne devait pas passer par l'hôtel, serions nous venus les voir ? Cela fait des années que les pouvoirs publics et départementaux savent qu'il faudra démolir l'hôtel pour un démarrage des travaux en mars 2012: pourquoi attendre avril 2011 pour agir?

– Une nébuleuse juridique où une partie des occupants s'est organisée collectivement et se font représentés par des avocats en exigeant 2 propositions de relogement pour chacun, comme l'impose la loi en cas d'expropriation avec un premier jugement l'imposant au Conseil Général alors que certaines situations ne peuvent prétendre au relogement du fait de leur situation administrative, par exemple …

Deux réunions collectives ont eu lieu avec les occupants de l'hôtel, l'A.U.V.M. et certains services du Conseil Général pour apaiser les tensions et poser les bases de notre intervention sociale.

 

L'accompagriement social et les orientations

Grâce à l'intervention de notre équipe de référentes, les occupants de l'hôtel ont pu voir leurs situations avancer:

 

  • suivi social en EDS mis en place,
  • demande de logement effective,
  • mise en place des droits Assedic, RSA,
  • mise en place ou réactivation des droits au niveau de la protection sociale et mise en place de soins adaptés,
  • remise à jour des situations fiscales ,
  • constitution de dossiers logements,
  • réflexion sur les projets individuels des résidants et orientation pour l'insertion professionnelle.

 

Grâce au savoir faire et savoir être de notre équipe, le travail a pu se faire dans une ambiance relativement calme malgré des pressions et une  situation  très  tendue.  Une  présence quotidienne et de multiples  accompagnements physiques ont  permis aux occupants de l'hôtel d'avoir le minimum de confiance nécessaire pour travailler avec nous. Les premières réussites sur les relogements ou les orientations adaptées vers nos appartements relais ont lancé une dynamique plus constructive et ont permis à notre équipe de toujours aller de l'avant. Notre réactivité et notre force de proposition ont permis de nombreux relogements de personnes, non réalisés sans notre intervention.

Le travail efficace lors de la réalisation des bilans diagnostics a permis une identification rapide des situations prêtes au relogement, une identification des situations à orienter en appartement relais pour consolidation avant le relogement et une identification des situations ayant besoin d'une orientation adaptée type AREPA ou EHPAD.

C'est sur cette base que l'équipe de direction s'est investie dans la recherche de solutions en faisant appel à l'ensemble de ses partenaires: les communes de Fresnes, Orly, Choisy le Roi, Ivry sur Seine (évidemment très mobilisé), Cachan, Arcueil et le bailleur Valophis ont été très réactifs, comprenant l'urgence de la situation. Ils ont permis de mettre en place des solutions de qualité adaptées en un minimum de temps . Bien sûr, certains partenaires ont eu du mal à répondre présents à notre appel : cela prouve la nécessité de travailler encore notre dynamique départementale et la solidarité entre les partenaires sur les questions du logement et de l'équilibrage des efforts. Cela a permis à notre équipe et aux services du Conseil Général de travailler différemment, avec des délais plus courts et de façon davantage transversale : ce que nous avons tous reconnu comme davantage efficace pour le service au public.

Habituée à la gestion de lieux de vie collective et à la pratique du travail social en collectif, nous avons pu éviter tout blocage définitif et construire de vraies sorties avec des personnes qui, jusque là, ne voyaient pas d'autre solution que de rester dans cet hôtel indigne. Indigne pour chacun d'entre nous: comment tolérer cet état de fait dans notre pays?

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